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Impression à la demande : et si Amazon avait raison ?

Il y a un mois, un entrefilet du Wall Street Journal causa un certain émoi dans la bouquinosphère. Il y était question de la nouvelle politique d’Amazon en matière d’impression à la demande. Il s’agissait pour le libraire en ligne de ne plus vendre d’ouvrages imprimés à la demande, sinon ceux imprimés par son propre service BookSurge. Sachant le poids acquis ces dernières années par Amazon, on se trouvait en présence d’un abus de position dominante manifeste.

À y regarder de plus près, on peut légitimement se demander si l’indignation à l’égard d’Amazon ne reposait pas cette fois sur un quiproquo. En effet, l’expression « impression à la demande » est trompeuse, puisqu’elle fait le plus souvent référence à la notion idéalisée de flux tendu. Or, contrairement à ce qu’on croit généralement, le flux tendu est rarement une bonne option pour les éditeurs.

  • D’abord pour une question de coût : en 2008, imprimer et brocher un livre de qualité professionnelle à l’unité, couverture comprise, coûte souvent plus d’une dizaine d’euros, même sur des machines récentes. Pour l’imprimeur, à moins d’être équipé d’un système très optimisé (type lulu.com), la gestion des fichiers et le calage de l’imprimante représentent des frais fixes élevés qui plombent le coût de revient d’une impression à un seul exemplaire. En revanche, à partir de 5 ou 10 exemplaires, le coût de revient à l’unité peut devenir acceptable.
  • Plus important : disposer d’un stock tampon de quelques exemplaires d’un même titre permet de proposer à ses clients un service de distribution digne de ce nom : il s’agit non seulement de lui faire parvenir l’ouvrage le plus rapidement possible, mais surtout d’être en mesure de panacher dans un même colis des livres à très faible tirage et des livres à plus forte rotation. La présence d’un seul livre imprimé en flux tendu dans un panier de commande retarde toute la chaîne, car l’impression ne se fait généralement pas sur le lieu de stockage des autres livres proposés par l’éditeur.

Or, lorsqu’on prend le temps de lire les arguments de la défense, on apprend que c’est justement de cet enjeu qu’il s’agit. La logique d’Amazon est la suivante :

Pour servir correctement nos clients, nous nous devons de maîtriser le temps nécessaire à l’envoi d’une commande. Pour cela, deux options :

  1. Si vous tenez absolument à vendre un livre en flux tendu via notre site, vous devez passer par notre propre service d’impression à la demande, car ainsi nous contrôlons le timing de chaque étape du processus.
  2. Si vous êtes un éditeur professionnel, envoyez-nous plutôt quelques exemplaires de chaque titre, pour que nous puisions dans ces petits stocks de quoi satisfaire immédiatement les commandes.

Je n’ai pas d’actions chez Amazon, mais je ne vois rien de choquant là-dedans. La fabrication à l’unité est une option intéressante pour un particulier qui souhaite imprimer ses mémoires en deux exemplaires, ou à l’extrême limite pour un éditeur qui souhaite remettre en vente un ensemble de titres sans pouvoir évaluer lesquels se vendront à plus d’un exemplaire dans l’année — quoique dans ce cas il ait probablement intérêt à ne pas passer par Amazon pour les vendre mais par son propre site ! Dans les autres situations, il me paraît beaucoup plus raisonable de contrôler ses stocks que de les éliminer.

J’ajoute que gérer des micro-stocks permet d’alimenter plus simplement plusieurs revendeurs à la fois, ce qui me paraît indispensable si l’on souhaite toucher plus de lecteurs, et moins dépendre d’Amazon…

xavier@immateriel.fr


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